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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 16:22

Chapitre 2 :

- Assassin personnel d’un empereur Akavirois ? Tu te moques de moi ? S’exclama Ja’Shir.

- Je croyais que tu ne devais pas m’interrompre.

- Comment espérais-tu que j’entende une telle chose sans ciller ?

- Je n’espérais rien, lança Felwynn d’une voix égale. Puis-je poursuivre, maintenant ?

- Comme tu voudras. Mais il va falloir te montrer très convaincant pour me faire croire à une histoire pareille.

C’est ainsi que Felwynn lui raconta.. Il n’omit aucuns détails.
Il parla de ses premiers souvenirs, quand, dès son plus jeune âge, des hommes-serpents l’avaient choisi parmi les quelques esclaves elfes dont disposait Versidue-Shae.
Il évoqua son éducation, riche. On lui avait enseigné la politique, les mathématiques, la géographie, l’histoire et la philosophie.
Il décrivit son instruction militaire, l’un des pires moments de sa vie. Bien dès fois il dut défendre chèrement sa vie contre ses consorts qui refusaient de recevoir les même leçons qu’un bipède inférieur.
Il parla de ces longues heures de face à face avec un vieux professeur Tsaesci, qui lui répétait sans cesse qu’il devait faire taire tout ses sentiments, qu’ils le rendaient vulnérable. Souvent, pour clore l’entretien, son précepteur faisait entrer un esclave et lui ordonnait de lui trancher la gorge.
Et Felwynn faisait taire sa répulsion et obéissait. Toujours. Inlassablement. Aveuglément. Sans jamais savoir pourquoi un esclave comme lui recevait une éducation aussi complète et aussi sévère.

Et puis, un jour, on l’avait conduit devant l’empereur. Celui-ci expliqua ce qu’il attendait du jeune Bosmer. Il devait tuer. C’était sa mission, son unique raison de vivre. Et Felwynn avait hoché la tête, imperturbable. Il était devenu une machine. Indifférente et glaciale.

Par la suite, sa vie avait pris une autre tournure. Il était devenu l’assassin personnel de l’empereur, et de ce fait, sillonnait le pays pour traquer et tuer les opposants du régime, les comploteurs, les rebelles, les généraux ennemies ou même les citoyens trop curieux.
Il acquit très vite une notoriété. On parlait de lui en de très nombreuse occasion à la cour. L’empereur était très satisfait. Avoir un tueur compétent et craint à ses côtés ferait hésiter ses plus téméraires adversaires.

Et soudain, tout avait basculé. Versidue-Shae l’avait convoqué auprès de lui dans le plus grand secret. Il lui avait révélé l’existence d’un complot visant à la supprimer, avait demandé d’en trouver le principal instigateur et de mettre fin à sa vie.

Alors Felwynn avait cherché. Il avait retourné le passé tumultueux des nobles Tsaescis, avait menacé, fait du chantage, trahit et torturer plus de personne qu’il ne saurait les compter. Et il avait fini par trouver. L’empereur était menacé par son propre frère Tershin-Shae, qui convoitait son trône. Il l’avait donc tué, comme on le lui avait ordonné.
Ce fut un mauvais calcul, car le monarque ne crût pas à la culpabilité de son frère, et l’accusa de trahison.
Alors, comprenant qu’il ne lui restait aucun espoir en Akavir, Felwynn avait fui vers l’ouest. Vers le continent de Tamriel dont il avait mainte fois entendu parler.

Tandis qu’il finissait de raconter, le Bosmer constata que son compagnon l’observait avec des yeux ronds.

- Traverser Kamal m’a pris plus de temps que je ne le pensais, mais j’y suis finalement arrivé, conclu-t-il.

- Quelque chose m’échappe. Pourquoi toi ? Pourquoi ne pas choisir un Tsaesci, comme il serait logique de le faire ?

- Pour l’image que cela renvoi. Tu comprend, en Akavir, les Bosmer, comme toutes les autres races de Tamriel, paraissent aussi étrange et mystérieuse qu’un homme-serpent sur ce continent. Ca entretient la rumeur.

- Cet empereur s’est donné beaucoup de mal, il doit être très respecté.

Felwynn haussa les épaules et jeta un œil au dehors. La nuit était plus noire que jamais.

- On ralentit, constata-t-il. Penses-tu que nous sommes près de notre destination ?

- Impossible. Je ne te l’ai pas encore dit, mais nous allons être vendus sur le marché aux esclaves de Sadrith Mora, qui est encore à trois ou quatre jours de voyage. A mon avis, ils vont simplement s’installer pour la nuit.

- Parfait, commenta Felwynn. C’est ce que j’avais espéré.

- Ce que tu avais espéré ? Tu veux dire que tu comptes t’échapper ? S’étrangla Ja’Shir.

- Naturellement ! J’ignore ce que sera mon destin, mais je refuse de devenir un esclave de Morrowind, après avoir goûté à la saveur incomparable de la liberté en Akavir.

- Je comprends cela, affirma le Khajiit. Mais comment comptes-tu te débarrasser de tes bracelets ? Je te rappel qu’il suffit à nos geôliers de faire un tout petit effort de Volonté pour nous broyer le poignet !

Le Bosmer remonta son bras à hauteur de ses yeux et contempla le cercle de métal grossier qui l’ornait. Il en avait déjà vu de semblable. L’empereur se servait des même modèles pour contrôler ses propres esclaves.

- Il suffira de les tuer avant. Je l’ai déjà fait, tu sais.

- Est-ce que tu étais enfermé dans une cage sans moyen de l’ouvrir quand tu as accompli cet exploit ?

- Pas exactement, reconnut Felwynn. Mais l’ouvrir ne devrait pas être trop difficile. Il suffit de modifier un peu une des fourchettes qu'ils nous ont donné pour le repas pour un faire un crochet acceptable. La seule chose que je veux savoir, c’est si tu es avec moi.

Ja’Shir conserva le silence pendant de longue minute, pesant le pour et le contre. Finalement, il hocha doucement la tête. Si un autre que le Bosmer lui avait proposé un tel plan, il aurait probablement refusé, mais le passé de l’elfe jouait pour une fois en sa faveur.
Ils se rapprochèrent l’un de l’autre et se mirent à élaborer leur plan d’évasion.

Leurs gardiens n’étaient que quatre. Une formalité, d’après Felwynn. Le tout était de frapper au bon moment. Les gardes avaient allumé un feu et s’affairaient à monter leur camp. Ce fut chose faite en quelques minutes, puisqu’ils n’eurent guère qu’à jeter de vieux matelas tressés à même le sol.
Ils allumèrent un feu, se réunirent autour et discutèrent à voix basse pendant un long moment. Puis l’un d’eux extirpa de son baluchon une bouteille de shein qu’ils vidèrent consciencieusement. Ils ne tardèrent pas à montrer les premiers signes d’ivresse. Ils entonnaient des chants paillards à plein poumon s’envoyaient de grande claque dans le dos.

Finalement, trois d’entre eux partirent rejoindre leur couche en titubant, tandis que le quatrième se rapprocha du feu pour conserver un semblant de chaleur pendant le long et pénible tour de garde qui l’attendait.

Felwynn et Ja’Shir ne tardèrent pas à entendre des ronflements s’élever de l’obscurité.

- C’est maintenant ou jamais, chuchota Felwynn. Tiens-toi prêt à courir, je vais m’occuper de la sentinelle qu’ils ont laissé.

Le Khajiit acquiesça silencieusement, la mine inquiète. Ses oreilles étaient dressées sur son crâne et sa queue s’agitait nerveusement, balayant le sol derrière lui. Felwynn enfonça doucement le crochet de fortune qu’il avait fabriqué dans la serrure de leur cage.

- C’est un outil fragile, expliqua-t-il tout bas à un Ja’Shir de plus en plus nerveux. On a droit qu’a un seul essai, alors tâche de te tenir tranquille.

Le Bosmer commença à tâter doucement les gorges du verrouillage, puis, quand il sentit une faiblesse, racla toutes les goupilles d’un geste rapide et précis. La porte s’ouvrit avec un léger cliquetis et Felwynn bondit aussitôt dehors, suivit peu après par son compagnon qui commençait franchement à paniquer.

- Tu sais que s’ils nous repèrent, tout est fini ? Ils nous tueront sans l'ombre d'une hésitation !

- Alors essayons de ne pas nous faire repérer.

- Malheureusement pour vous, il est déjà trop tard ! Railla une voix dans l’obscurité.

L’elfe des bois pivota vers les flammes, en position de combat, tandis que Ja’Shir s’effondra au sol en pleurant de désespoir. Trois silhouettes s’approchèrent du feu, tandis que la sentinelle qui leur tournait le dos depuis le début se relevait lentement. Tous les quatre avaient revêtu leurs impressionnantes armures d’ossements et tenaient leur épée bien en vue.

- Sales vermines ! Cracha un des Dunmer en grimaçant de haine. Vous avez vraiment cru que nous allions nous soûler et vous laisser sous la surveillance d’un seul garde pendant votre première nuit en captivité ? Ridicule !

- Pourquoi cette comédie ? Demanda calmement Felwynn.

- C’est un petit test, qu’on fait à chaque livraison d’esclaves, les gars et moi. Ca permet de voir à quel point ils sont dociles. En ce qui vous concerne, vous êtes irrécupérable. Il est hors de question de présenter une aussi piètre marchandise à Sadrith Mora. C’est dommage, on va perdre un peu d’argent, mais d’un autre côté, on va pouvoir s’amuser un peu. Pas vrai, les gars ? Lança le Dunmer à la cantonade.

Ses compères acquiescèrent en s’esclaffant bruyamment. Ils s’approchèrent en faisant siffle leurs épées dans l’air. Des sourires cruels s’étalaient sur leur visage.

Soudain, Ja’Shir se précipita vers eux et se jeta à genoux. Sa voix était si paniquée qu’on comprenait difficilement ce qu’il disait. Il était toutefois aisé de deviné qu’il s’agissait de suppliques désespérées.
Les quatre guerriers le contemplèrent un instant, la mine dégoûté, puis l’un d’un s’avança et s’accroupit à la hauteur du Khajiit.

- Et pourquoi t’épargnerai-je ? Quel intérêt puis-je en retirer ?

- Je vous jure de rester tranquille ! J’obéirais, sans jamais me plaindre, je vous le promet !

Des larmes de paniques coulaient sur tout son visage et ses mains tremblaient violemment. L’elfe qui s’était agenouillé pour l’écouter se redressa. Il posa une main rassurante sur l’épaule de Ja’Shir et lui sourit. L’homme-chat cessa de trembler et se redressa. Mais le sourire du Dunmer se changea en grimace de haine. Il dégaina un poignard, resserra sa prise sur l’épaule de sa victime et frappa. Trois fois. Au niveau de l’estomac. Le Khajiit poussa une plainte stridente et s’effondra.

- Non ! S’écria Felwynn.

Il était catastrophé. Ja’Shir était le seul être doué d’intelligence qui lui ai démontré un semblant de sympathie.

La rage l’envahit peu à peu. Il tenta de la contrôler, comme on le lui avait enseigné jadis, mais il n’y parvînt pas. Une envie farouche de faire couler le sang se manifesta en lui. Il connaissait bien cette sensation, qu’il avait éprouvé de nombreuses fois avant d’exécuter un contrat pour l’empereur, mais jamais il ne l’avait ressenti aussi intensément.

- Vous allez mourir, articula difficilement Felwynn, tremblant de colère.

- Ne dit pas n’importe quoi, ricana un des Dunmer. Ta blessure est à peine refermée, tu n’es pas armée, nous sommes quatre et pour couronner le tout, je vais activer ton bracelet pour qu’il te broie le poignet d’une seconde à l’autre.

Felwynn jeta un regard furieux au morceau de métal qui emprisonnait son bras. Il ne pouvait rien faire ! Tout ça à cause de la magie. Il l’avait déjà constaté depuis longtemps. La magie était la source de tout les maux. Elle créait la soif de pouvoir et attisait la haine des autres.

C’est alors que quelque chose se brisa en lui. Un sentiment de puissance, enivrant, se répandit dans tout son corps. Un sourire cruel se dessina sur son visage. Il allait les massacrer. Tous. Et il prendrait son temps.

Le Bosmer, cédant à ses pulsions meurtrières, fit un pas en avant.

- Tant pis pour toi ! S’exclama un des guerriers. Tu peux dire adieu à ton avant-bras !

Il planta ses yeux dans ceux de Felwynn et attendit posément que le sort du bracelet agisse. Plusieurs seconde s’écoulèrent. Mais rien ne se passa.

- Un problème ? Demanda l’elfe des bois avec cynisme.

- Mendel ! Que se passe-t-il ? Le sort ne fonctionne pas !

- Ce n’est pas normal. Je n’ai jamais vu un bracelet cesser de marcher !

- Après tout, ça n’a pas d’importance, fit le Dunmer qui avait joué les sentinelles en haussant les épaules. Il est seul et sans arme.

- Naturellement, commenta Felwynn d'un ton désinvolte. Vous n’auriez aucune chances, si ce n’était pas le cas.

L’elfe qui était le plus proche de lui poussa un rugissement de colère devant l’insinuation et se précipita vers le Bosmer en brandissant son épée au-dessus de sa tête. Felwynn le regarda foncer sur lui avec intérêt, les bars croisés. Lorsque son adversaire ne fut plus qu’a un pas de lui. Il frappa la gorge ennemie de sa paume ouverte. Le Dunmer s’écroula dans un râle.

- Quelque chose m’échappe, dit le Bosmer en ramassant l’épée du guerrier qu’il avait terrassé. Pourquoi se couvrir le corps avec une armure lourde et encombrante si c’est pour ne pas mettre de heaume et laisser son point faible à découvert ?

Les trois survivants ne répondirent pas. Il se consultèrent du regard et bondirent en avant. Ils firent pleuvoir sur Felwynn une série de coups meurtriers. Celui-ci esquivait la plupart de quelques mouvements lestes et gracieux.

La douleur de sa blessure se réveilla rapidement, cuisante. Il devait se dépêcher de mettre hors combats les trois guerriers, avant que son sang ne se remette à couler. Il cessa donc de se défendre pour passer à l’attaque. Avec une précision redoutable, il porta trois fulgurants coups d’épée. Les trois Dunmer lâchèrent aussitôt leurs armes pour tenter d’endiguer le flot écarlate qui s’écoulait de l’entaille qu’ils avaient dans la gorge. Ils ne tardèrent pas à s’écrouler sur le sol, une lueur d’incompréhension dans le regard.

Felwynn ne prit même pas le temps de vérifier si le premier elfe qu’il avait frappé était mort. Il se précipita vers Ja’Shir. Ce dernier respirait encore. Sa poitrine se soulevait toutefois difficilement et une écume vermeille perlait aux coins de ses babines.

- Je suis très impressionné, balbutia-t-il en souriant. Et je comprend mieux pourquoi tu étais si sûr de toi.

- Ne parle pas, conseilla le Bosmer. Tu doit rester immobile pour t’en sortir.

- Si je ne dis rien maintenant, je ne le ferai plus jamais. Ecoute, Felwynn, c’est important. J’ai vu le combat. Ils avaient raison, tu sais. Jamais un bracelet n’avait été défectueux auparavant. Ce qui signifie que c’est toi qui a fait ça. J’ignore comment, mais tu l’a fait.

- En quoi est-ce si important que tu risques ta vie pour me le dire ?

- Tu ne saisit pas la puissance d’un pouvoir pareil. Si tu peux empêcher l’utilisation de la magie, tu peux changer le monde.

- Une personne seule ne peut changer le monde, Ja’Shir. Avec ou sans pouvoir.

- N’en soit pas si certain. Sans magie, même les dieux ne sont rien. Ecoute, tu peux…

Une violente quinte de toux secoua le corps du Khajiit et il cracha du sang. Il voulu reprendre la parole, mais il ne parvînt à prononcer que quelques syllabes inintelligibles. Finalement, il poussa un long soupir et cessa tout simplement de bouger.

Felwynn était vraiment ému. Des sensations jusqu’alors inconnue troublait son cœur. Pour la première fois, il subissait la perte d’un ami. C’était un sentiment étrange auquel sa formation ne l’avait pas préparé à résister.

Il mit plusieurs minutes à retrouver sa sérénité. Mais peu à peu, son esprit pratique reprit le dessus et il entreprit de fouiller le campement dont il était désormais l’unique survivant. Il ramassa un sac de voyage et commença à entasser diverses choses à l’intérieur. Il récolta tout ce qui pouvait lui être utile. Nourriture, vêtements, potions, il inspecta tout. Les guars de monte observaient placidement ce spectacle de pillage.
Jamais Felwynn n’envisagea d’en chevaucher un pour partir. En bon akavirois qu’il était, il ignorait totalement les rudiments de la cavalerie.

Finalement, il prit l’épée la moins abîmé qu’il put trouver et se prépara à se mettre en route. Un raclement de gorge attira son attention. Le Dunmer qu’il avait frappé au cou se relevait en toussant et en pestant.

- Alors tu es toujours en vie, constata le Bosmer. Tu as de la chance, ce coup tue presque neuf fois sur dix.

Le guerrier sursauta et se retourna vivement.

- Toi, persifla-t-il. Je vais te faire la peau.

- Vraiment ? Crois-tu pouvoir réussir là où trois de tes camarades ont échoué ?

Une expression d’effroi se peignit sur le visage de l’esclavagiste tandis qu’il avisait les corps de ses compagnons gisant à quelques mètres de là dans une mare de sang.

- Démon, jura l’elfe noir en se jetant sur lui, l’épée au poing.

- Tu refais les même erreurs, commenta Felwynn.

Il évita la charge maladroite du guerrier et lui planta sa lame dans la rotule, juste au défaut de l’armure. Son adversaire hurla de douleur et tomba à genoux. Il le saisit par les cheveux et plaqua le fil de son arme contre sa gorge.

- Je vais te demander une chose. Juste une chose. Si tu répond, je te laisserai en vie. Tu as compris ?

L’elfe noir hocha la tête, tétanisé.

- La clef de mon bracelet. Où est-elle ?

Le Dunmer lui indiqua de la main un des guars qui paissait tranquillement l’herbe haute, caractéristique des Grandes Pâtures, qui les entouraient.

- Bien. Tu t’es montré très coopératif.

- Alors… vous allez me laisser partir ?

- Non, annonça Felwynn avec un grand sourire.

Et il fit glisser la lame sur la gorge grisâtre de l’esclavagiste. Du sang jaillit violemment et il s’écroula sur le dos. Le Bosmer se pencha vers le mourrant et murmura quelques mots à son oreille :

- J’aurai adoré passer un peu plus de temps avec toi. Cette mort est trop douce pour un déchet dans ton genre. Mais je n’ai guère le temps de m’attarder… dommage.

Le Dunmer mourut dans un gargouillis qui laissa Felwynn de marbre. Il récupéra la clef, jeta son bracelet, réajusta son sac et s’enfonça dans la nuit. Il laissait la mort derrière lui, tout en sachant pertinemment qu’elle ne tarderait pas à s’attacher de nouveau à ses pas.

Par Le Masque - Publié dans : Le Negatron, Partie I
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 16:09

Le Negatron

Avant propos : Cette histoire se déroule au début de l’an 427 de la quatrième ère, c’est à dire le jour même de l’arrivée du détenu né de parents inconnus que l’on appellera plus tard le Nérévarine. A partir de ce moment, la véritable histoire est détournée et n’a plus rien à voir avec ce que vous pourrez lire dans la grande bibliothèque de Tamriel. J’espère que vous l’apprécierez malgré tout.



Chapitre 1 :

C’était l’aube sur la région de Shéogorad. Comme chaque matin, André Maul sortit de sa tour pour admirer le lever de soleil. Il s’agissait d’un instant magique, dont on parlait jusqu’à Vivec, et l’homme ne le raterait pour rien au monde. Pendant quelques secondes, les rayons mordorés de l’astre du jour illuminaient le ciel et la mer, parant l’univers d’un splendide manteau orange. C’est comme si la terre et le ciel ne faisaient plus qu’un, songeait parfois le vieux Bréton avec nostalgie.

Alors qu’il admirait le mélange subtil du spectre lumineux, son regard se porta sur les ruines daedriques qui se dressaient fièrement sur l’île voisine. Un rictus de mépris se dessina sur son visage. Il se remémora un instant l’époque où il pouvait y flâner en toute tranquillité. Mais quelques lunes plus tôt, une bande de fanatiques orques y avaient élu domicile et s’était fait un devoir de chasser tout les visiteurs indésirables à grand coup de hache d’arme. André avait bien tenté de prévenir les gardes de Dagon Fel, mais en vain. La ville ne disposait que d’une petite vingtaine de soldats qui passaient certainement plus de temps à boire dans la taverne de cet incapable de Sarnir qu’à faire leur devoir.

Toujours était-il que depuis qu’il avait compris que personne ne lèverait le petit doigt, André avait peur. Il serait bien parti, mais la plupart de ses économies avaient été englouties dans l’achat de cette vieille tour dwemer à l’extérieur de la ville. Le reste avait servi à la restaurer afin qu’il puisse y habiter décemment. Depuis, il subsistait en donnant quelques leçons aux rares aventuriers qui faisait l’effort de ramer jusqu’à sa petite île.

L’érudit poussa un long soupir. Il n’y avait aucune échappatoire pour lui. Il finirait par mourir sous les coups des serviteurs de ces maudits Daedras ou alors, un braillard plus téméraire que ses congénères déciderait que son vieux corps de Bréton le changerait des crabes des vases qui constituaient son ordinaire. En attendant ce joyeux événement, André préféra retourner à sa contemplation de l’horizon rougeoyant.

Ses sourcils se froncèrent soudain. Il discernait au loin un petit point noir qui rompait l’harmonie des couleurs. De quoi pouvait-il bien s’agir ? Il saisit sa longue vue qui ne quittait pratiquement jamais sa ceinture et la colla contre son œil droit. Il peina à la régler pendant quelques instants, puis les contours de la silhouette qui l’intriguait se précisèrent. Il s’agissait d’une barque dans laquelle un Bosmer ramait avec force. L’érudit écarquilla les yeux de surprise. Une embarcation qui venait du nord-est ? D’où pouvait-elle bien arriver ? Il n’y avait rien à là bas, au-delà des côtes de Morrowind, si l’on exceptait le mythique continent d’Akavir. Le vieil homme voyait mal un elfe des bois revenir d’un tel lieu. Peut être avait-il essuyé une tempête qui l’avait emporté au large.

Tandis qu’André s’abîmait dans ses réflexions, l’esquif avait mis le cap vers l’île daedrique. Le Bréton eut un sourire sadique. Qui que soit ce misérable importun, s’il ne modifiait pas son cap rapidement, il ne l’ennuierait pas longtemps !

Mais la barque ne dévia pas d’un pouce et finit par s’échouer sur la berge. Le rameur, apparemment inconscient du danger qui le guettait dans l’ombre des pierres rougeâtre des ruines, bondit lestement hors de son embarcation et se dirigea d’un pas rapide vers l’intérieur de l’île.

L’érudit le voyait distinctement maintenant. Il était jeune pour un elfe. Vêtu de haillon, il dégageait malgré tout une impression de tranquille assurance qui était sans doute due au long katana qui reposait négligemment sur son épaule. Son visage aurait pu être beau s’il n’arborait une telle indifférence et si son regard n’était pas aussi glacial.

André n’eût pas à attendre longtemps. A peine l’étranger avait-il fait quelques pas qu’une silhouette surgit des ruines. Belle et élancé, l’érudit reconnut sans peine une sainte dorée. Malgré leur apparente fragilité, le Bréton savait que les saintes étaient en réalité de redoutables combattantes que peu de mortels osaient défier.

Le Bosmer marqua un temps d’un arrêt, qu’il mit à profit pour apostropher la créature sans manifeste la moindre crainte. Il avait même planté son arme en terre, dans l’intention manifeste de ne pas l’effrayer. Le Daedra ne manifesta pas la moindre surprise et continua de marcher vers l’intrus. Une immense claymore de verre était accrochée dans son dos. La sainte ne s’arrêta que lorsque qu’elle ne fut plus qu’à un pas de sa cible. L’elfe lui posa une autre question, en élevant la voix. Un sourire cruel se dessina sur le visage de la créature. Sans le moindre avertissement, elle porta la main à la poignée de son arme et frappa.

De là où il se trouvait, André ne vit qu’un éclair vert, puis une vaste giclée de sang. L’elfe des bois posa une main tremblante sur sa blessure, puis, s’écroula au sol. Une large tache vermeille ne tarda pas à s’étaler autour de son corps. Sans un regard pour le mourrant, la sainte rengaina son arme et retourna se tapir dans l’ombre.

- Quel imbécile ! Jura le Bréton. Il n’a même pas essayé de se défendre !

Tout à coup, une idée germa dans son esprit retord. Un sourire se dessina sur son visage. Il tenait enfin un moyen de quitter cette maudite tour ! Le tout était que cet inconscient ne meurt pas trop vite.

André se dirigea donc en courant vers son bateau, tout guilleret à la perspective de se tirer de ce coupe-gorge qui lui servait de maison. Il rama jusqu’à Dagon Fel, confia son message à Sarnir qui, pour une fois, lui serait bien utile, puis revint au pied de sa tour. Il attendit patiemment que la nuit tombe puis, lorsqu’il fût certain que le danger était minime, il se risqua à se rendre sur l’île voisine. Il traîna le blessé dans sa barque et lorsqu’il fût rendu à une distance respectable entreprit de lui prodiguer les premiers soins. Il versa une potion de guérison sur sa blessure et la pansa. Revenu chez lui, il allongea le pauvre hère devant sa porte et attendit le matin, aussi nerveux que lors de son premier jour à l’Académie des sciences de Hauteroche. Si seulement les Telvannis pouvaient se presser un peu…


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Douleur. Tout n’était que douleur. Ainsi songeait l' elfe noire en remontant peu à peu vers la conscience. Elle parvint à se relever sur les coudes en grimaçant. C’était insoutenable ! Comme si l’essence même de la souffrance avait décidé d’élire domicile à l’intérieur de son crâne. Elle se décida finalement à ouvrir les yeux. La première chose qu’elle vit fut le faciès impassible d’un autre Dunmer qui l’observait. Une impressionnante cicatrice barrait son œil droit.

- Vous êtes réveillée ! Ah bien ! Vous étiez en train de rêver…

Elle marqua un temps d’arrêt. Elle n’avait rien compris à ce qu’on lui avait dit. Et ce n’était pas le pire. Elle avait beau fouiller sa mémoire, la seule chose dont elle se rappelait était ce stupide songe où la déesse Azura lui confiait une espèce de mission divine. Le vide total. Elle regarda autour d’elle, dans l’espoir de deviner où elle se trouvait. Mais le peu de chose qui l’entourait la laissa dans l’ignorance. Fort heureusement, le puissant roulis qui secoua soudain son estomac se chargea de l’informer qu’elle se trouvait sur un bateau.

Le Dunmer l’observait toujours. Il ne sembla pas se formaliser de son manque de réaction. Ce n’était guère surprenant. Etant lui-même un elfe noir, il savait mieux que quiconque que leur race n’était pas des plus effusives.

- Je m’appel Jiub, enchaîna-t-il. Quel est votre nom, camarade d’infortune ?

La question embarrassa profondément la pauvre elfe. De son nom, elle n’avait aucun souvenir. Pas plus que de celui de ses parents, ni même d’une éventuelle connaissance. Son regard s’égara sur la gravure d’un tonneau qui informait que celui-ci était la propriété de Dyna Etheryon. Elle saisit donc cette opportunité pour fournir une réponse à son homologue masculin, qui semblait, d'après de son air interrogateur, ne pas vouloir être ignoré une seconde fois.

- Dyna, balbutia-t-elle, je suis Dyna.

Cette phrase s’adressait autant à elle qu’a Jiub, car elle souhaitait s’imprégner au plus vite de son nouveau nom, afin d’éviter de trop attirer l’attention sur elle.

Si le Dunmer remarqua qu’elle lui avait donné le nom du propriétaire des marchandises qui les entouraient, il n’en laissa rien paraître. Il poursuivit même d’un ton bonhomme :

- Bienvenue chez les vivants ! Je commençais à me demander si vous alliez émerger un jour. Il faut dire que même la tempête de la nuit dernière, qui a pourtant jeté par-dessus bord un de nos geôliers, n’a pas réussi à vous réveiller !

- Nos geôliers ? Releva-t-elle avec appréhension.

- J’imagine que je pourrais leur trouver quelques surnoms plus colorés, ricana Jiub. Mais il n’est pas de bon ton de se gausser de la Légion Impériale, quand on fait parti de leur hôte. Un accident est si vite arrivé.

- J’imagine, répondit Dyna. Et… où sommes-nous ?

- Je les ai entendus dire que nous étions arrivés en Morrowind, à Vvardenfell, pour être précis. Je suis sûr qu’ils vont nous libérer. De toute façon, ils ne peuvent pas garder une belle jeune femme comme vous bien longtemps. Même les légionnaires ont un cœur !

Elle gratifia Jiub d’un sourire de remerciement, mais ne relança pas la conversation. Son esprit tournait à toute vitesse. Les questions fusaient dans son crâne dans le désordre le plus complet. Qui était-elle vraiment ? Pourquoi la Légion l’avait-elle faite prisonnière ? Pourquoi l’avait-on amenée ici ?

La douleur dans son crâne recommençait à la lancer quand un pas lourd retentit au-dessus d’elle. Elle n’attendit pas longtemps pour voir arriver un Impérial au regard soupçonneux, qui lui ordonna de le suivre.

Dyna n’envisagea pas une seconde de désobéir. Cet humain n’avait pas l’air bien dangereux, mais il avait l’avantage d’avoir une épée large entre les doigts, ce qui ne lui laissait en définitive que peu de chance de tenter quelque chose. Elle emboîta donc docilement le pas au garde, sans un regard pour le pauvre Jiub pour qui le calvaire n’était manifestement pas terminé.

Le garde emmena Dyna jusque sûr le pont, depuis lequel elle put constater que le navire avait jeté les amarres. Une passerelle de bois fut jetée sur la rive et le soldat qui était venu la chercher lui enjoignît aussitôt de descendre.

- C’est ici que l’on se quitte, crapule ! Entrez dans le bâtiment, là-bas, et adressez-vous à Socucius Ergalla !

Visiblement, il n’était pas ravi de libérer une de ses détenues. Dyna s’exécuta donc, peu désireuse de le voir changer d’avis. Elle descendit sur le ponton et observa les environs. Malgré sa mémoire défaillante, tout lui semblait familier. Elle parvint même à identifier la colossale créature qui surplombait la ville comme un échassier des marais.

Elle n’avait donc pas tout perdu. Les seuls souvenirs qui lui faisaient défauts étaient donc ceux qui la concernait personnellement. Cette pensée lui mit un peu de baume au cœur tandis qu’elle poussait la porte sur laquelle était gravée « Bureau des Taxes et du Recensement. »

Trois hommes l’attendaient à l’intérieur. Le premier était un humain, si âgé qu’il était difficile de déterminer sa race. Le second était un légionnaire de haut rang, probablement un chevalier, d’après l’impressionnante armure de dragon impérial dont il était vêtu. Le troisième était un soldat figé en un garde à vous rigide. On aurait dit la copie conforme de celui qui lui avait si gentiment enjoint de descendre du navire militaire.

- Bienvenue à Seyda Nihyn, fit le vieil homme d’un ton blasé. Remplissez le formulaire et apposez votre signature.

Dyna fit ce qu’on lui demandait sans poser de question. Cela lui semblait déjà assez miraculeux qu’on la relâche sans d’autres conditions que la ratification d’un misérable bout de papier. Et saisit la plume qu’on lui tendait et gribouilla maladroitement son nouveau nom.

- Voilà, Ergalla, bougonna le chevalier. Tes formalités sont terminées. Et maintenant, si tu n’as rien à ajouter, j’aimerai bien m’entretenir avec cette demoiselle.

- C’est bon, ne soit pas si pressé ! On dirait que tes ordres émanent de l’empereur lui-même !

- Empereur ou pas, j’ai des ordres. Et j’entends bien les appliquer. A présent… ( il jeta un bref coup d’œil sur le document que la Dunmer venait de remplir ) Dyna, veuillez me suivre.

Il sortit sans regarder derrière lui, trahissant son habitude d’être promptement obéit. La jeune elfe sortit à sa suite et entra dans une pièce avoisinante. Elle ferma la porte avant même que le militaire ne le lui demande.

- Bien, déclara-t-il en prenant un air extrêmement sérieux. Je dois vous dire que ce vieux gâteux de Socucius n’était pas loin de la vérité. Les ordres proviennent effectivement de l’entourage direct de l’empereur.

Il fit une pause dans son discours pour observer la réaction de Dyna. Comme elle ne cillait pas, il poursuivit :

- Il semble que l’on vous ait confié une mission de la plus haute importance. Alors écoutez-moi attentivement. On m’a confié un paquet. Scellé. J’ignore donc ce qu’il y a à l’intérieur, mais son contenu est suffisamment important pour que le secrétaire personnel de l’empereur lui-même se soit chargé de l’amener jusqu’ici. Il m’a demandé de vous le remettre, avec l’ordre de le convoyer jusqu’à Balmora et de le donner en main propre à un homme du nom de Caïus Cosadès. Comprenez-vous ce que j’attends de vous ?

- Je comprends parfaitement, assura Dyna en opinant du chef.


Elle avait du mal à croire qu’on la relâche ainsi sans cérémonie, aussi ajouta-t-elle pour se donner une contenance : « Vous avez ma parole ».


- Moi, j’ai votre parole, et vous, vous avez l’assurance qu’en cas de désobéissance, je veillerai personnellement à ce que vous finissiez sur la carène. Et maintenant, sortez d’ici.

Autant dire que Dyna ne se le fit pas dire deux fois ! Elle prit le paquet qu’elle plaça sous sa tunique, et sortit sans plus attendre. Elle resta figée sur le seuil, médusée par la vue de Seyda Nihyn.

C’était une ville crasseuse, où les maisons en ruines côtoyaient de vieux taudis hâtivement construits. Une trentaine de miséreux vaquaient à leurs occupations respectives, les yeux vides. Il y avait tant de détritus dans les ruelles qu’on pouvait entendre la vermine se disputant la nourriture sur plusieurs mètres. Et pour ne rien gâcher, une odeur putride, certainement celle des marais qu’on discernait aux abords de la ville, imprégnait l’atmosphère.

Tandis que Dyna se couvrait le visage, le chevalier lui lança d’un ton plein d’ironie :

- Voici Seyda Nihyn ! Vous allez voir, l’endroit va vous plaire !




#



- Je vous assure qu’il est réveillé !

- Ne te fous pas de moi, vermine ! Ce type s’est pratiquement fait ouvrir en deux et tu me dis qu’il est conscient ?

- Ecoutez, je suis peut être un esclave, il n’empêche que c’est moi qui ai quelques notions de guérison. Tenez, regardez, il ouvre les yeux !

Le blessé s’assit en poussant un grognement de souffrance. La douleur irradiait dans tout son corps, insoutenable. Il fit pourtant l’effort de détailler son environnement.

La première chose qu’il remarqua était qu’il faisait nuit. Les deux lunes de Tamriel, majestueuses, écrasaient les alentours de leur magnificence. Son regard se porta alors sur les deux créatures qui l’observait. Le premier était un Khajiit dont les yeux jaunes l’observaient avec sollicitude. Il arborait au poignet droit un curieux bracelet. Le second était un Dunmer. Il était vêtu d’une armure d’ossements qui lui couvrait le corps des pieds à la tête et était occupé à fermer une porte métallique.

- Où suis-je ? Demanda le malheureux en se rallongeant.

Le Khajiit l’observa sans comprendre. Maudit ! Il avait parlé en akavirois sans s’en rendre compte ! Il répéta la question dans la langue impériale qui avait cours en Vvardenfell. L’homme-chat l’observa quelques secondes et répondit :

- Quelque part, dans les Grandes Pâtures. Quel est ton nom, étranger ?

Son nom. Il dut faire un effort pour s’en rappeler.

- Je m’appelle Felwynn.

- Bienvenu en enfer, alors !

- En enfer ?

- Quelque chose d’approchant, en tout cas. J’ai le regret de t’informer que nous nous trouvons actuellement à l’intérieur d’une cage, et que toi et moi sommes devenu ce qu’il convient d’appeler… des esclaves.

Felwynn se redressa vivement. La douleur de sa blessure se rappela à son bon souvenir mais il n’y prêta guère d’attention. Il avait déjà enduré bien pire, de toute façon.

- Des esclaves ? Comment ? Pourquoi ?

- Permet-moi de te rafraîchir la mémoire. D’après ce que j’ai compris, tu as été vendu par un type sans scrupule, après qu’il t’a trouvé baignant dans ton sang.

- Je me souviens, acquiesça Felwynn. Il y avait une femme. Incroyablement belle… Sa peau était d’or et elle me souriait. J’ai voulu lui parler mais…

- Tu as voulu parler avec une sainte dorée ? S’exclama le Khajiit, stupéfait. Tu tenait donc tant que ça à mourir ?

Felwynn garda le silence. La révélation de son compagnon expliquait beaucoup de choses. Naturellement, il savait ce qu’étaient réellement les saintes, mais il n’avait jamais eu l’occasion d’en voir. Il s’en voulut de son erreur, d’autant qu’elle lui avait coûté sa liberté ! Il devait faire quelque chose. Après tout ce qu’il avait traversé, il refusait de finir ainsi !

Il commença par s’intéresser d’un peu plus près à son camarade. Il lui demanda son nom. Le Khajiit lui répondit qu’il s’appelait Ja’Shir, et qu’il était en route pour la délégation d’Elsweyr à Coeurébène quand des Telvannis lui étaient tombés dessus. Avant-même qu’il n’ai pu s’expliquer, on l’avait assommé et dépossédé de ses biens.

- Et toi, quelle est ton histoire ?

Le Bosmer demeura pensif. Devait-il révéler son parcours à cet inconnu ? Il ne risquait probablement rien en le lui disant, mais sa méfiance naturelle l’empêchait de le faire.

- Allons ! Insista Ja’Shir. Le trajet est long, et nous ne pouvons aller nulle part avec ces satanés bracelets. Il ne tiens qu’à toi de rendre ce voyage intéressant.

- Fort bien. Mais je dois te prévenir, tu risques d’avoir du mal à me croire !

- Ne t’occupe pas de ce que je suis susceptible de croire ou non.

- Comme tu voudras. Mais je te demande de ne pas m’interrompre.

Le Bosmer prit une grande inspiration et se lança dans son récit :

- Je suis Felwynn, assassin personnel de son Excellence Versidue-Shae, deuxième du nom, empereur des Tsaescis.


#


Dyna était scandalisée. Comment une ville pouvait être aussi sale ? Si tels étaient les bienfaits de la civilisation impériale, elle comprenait mieux l’hostilité qu’éprouvaient les habitants de l’île à l’encontre de la Légion.

Elle poussa un long soupir. Après tout, cela ne la concernait pas. Et des problèmes plus urgents requéraient son attention. Comme par exemple, le fait qu’elle se retrouvait sans le moindre drake en bourse, à plusieurs miles de sa destination. Comment allait-elle pouvoir s’en sortir ? Elle décida de commencer par se rendre à la taverne locale. Elle n’eut même pas besoin de demander son chemin à un des miséreux qui l’entourait. L’auberge était le seul bâtiment qui semblait avoir droit à un semblant d’entretien. Grande, s’étirant sur deux étages, on pouvait difficilement la manquer.
A peine était-elle entré qu’un Aldmer au visage réjoui alla à sa rencontre d’un pas dansant.

- Bienvenu à l’auberge d’Arrile, je suis Arrile !

- Arrêtes donc de sortir cette plaisanterie stupide à tout bout de champ ! L’apostropha une elfe noire.

- Mais mon amour, ça fait toujours rire les clients !

- Les seuls qui apprécient ton humour sont ceux qui sont trop ivre pour comprendre ta blague. Et maintenant, laisse-moi m’occuper de cette jeune femme. Tu vois bien qu’elle n’est pas là pour boire !

Le dénommé Arrile retourna derrière le comptoir en bougonnant.

- Excusez-le, fit une Dunmer qui était apparemment l’épouse du propriétaire. Il deviens casse-pied, avec l’âge.

Dyna balbutia une politesse et s’empressa de monter l’escalier qui lui faisait face. Elle n’avait pas envie de se créer des ennuis dès son arrivée en se mêlant de ce qui ne la regardait pas. L’étage supérieur ressemblait beaucoup plus à une taverne que le rez-de-chaussée. De nombreux clients se trouvaient là, discutant bruyamment. Quelques tapisseries colorées étaient accrochées au mur et un peu plus loin, un barde jouait un morceau de musique à une assemblée captivée.

Dyna était agréablement surprise. Elle s’était attendue à un établissement à l’image de la ville qui l’abritait, c’est à dire crasseux et en ruine. Au lieu de cela, elle découvrait un joyeux espace de détente, où tout le monde s’apostrophait en riant bruyamment. Quelques ivrognes éparpillés ça et là noircissaient un peu le tableau, mais après tout, chaque auberge avait son pilier.

Elle chercha des yeux un endroit où s’asseoir. Sans qu’elle s’en rende compte, ses pas la guidèrent vers le fond de la salle, où elle s’assit dos au mur. Son geste la stupéfia. Quelle vie tumultueuse pouvait-elle bien mener jadis pour que se mettre à l’abri des regards devienne un réflexe ? Peut-être était-elle vraiment une criminelle, après tout…

Ses pensées furent interrompues par une Rougegarde qui vînt s’installer en face d’elle.

- Que voulez-vous ? Lança Dyna d’un ton méfiant.

- Du calme, fit l’inconnu en souriant légèrement. Mon nom est Elone. Je travaille pour Caïus Cosadès.

- Je ne vois pas de qui vous voulez parler.

- Je vous félicite pour votre discrétion, dit Elone en riant. Mais elle est inutile. On m’a mis au parfum. Je suis de votre côté.

Dyna demeura muette. Elle ne savait quelle conduite adopter. Elone semblait sincère, mais elle préférait ne pas trop tenter la chance.

- Je ne suis pas votre ennemie, insista la femme à la peau sombre. J’imagine que ma parole ne suffira pas à vous convaincre. L’empereur soit loué, je n’ai pas besoin de votre confiance. On m’a juste chargé de vous fournir du matériel pour vous rendre à Balmora. Tenez, voici un peu d’argent. Vous pourrez acheter à Arrile tout ce dont vous avez besoin. Je vous conseil toutefois de conserver quelques drake pour que vous puissiez vous payer les services d’un maître échassier. Cela raccourcira considérablement votre voyage.

La Rougegarde poussa une bourse pleine vers Dyna, qui s’en empara après une courte hésitation.

- Pourquoi ne m’as-t-on pas remis cet argent à ma libération ? Demanda-t-elle, perplexe.

- Vous trouveriez ça normal, vous, qu’une reprise de justice reçoive une bourse pleine en cadeau de départ ?

- Peut-être pas, admit Dyna.

- Bien. Je vous souhaite bonne chance.

Aussitôt cette phrase prononcée, Elone s’évapora dans la foule. Dyna n’avait même pas pu la remercier pour la bourse. La jeune Dunmer desserra le cordon de son nouveau bien et entreprit de compter son argent. Lorsqu’elle eut fini, elle se renversa sur sa chaise pour réfléchir plus à son aise. Tout ça était si étrange ! Quelques heures plus tôt, elle se trouvait enfermée dans la cale d’un navire impérial en compagnie d’un illustre inconnu, et voilà qu’à présent elle se voyait investit d’une mystérieuse mission et qu’elle rencontrait des contacts obscurs dans les recoins d’une taverne. S’il y avait une logique dans tout cela, elle lui échappait.

Une secousse brutale la tira de ses pensées. Un Nordique venait de s’affaler à côté d’elle. Il était vêtu d’un plastron en cuir et son haleine empestait la vinasse à un drake le gobelet.

- Alors, ma belle ? Beugla-t-il. On cherche l’aventure ?

- Pas vraiment, rétorqua sèchement Dyna.

- T’as tort, poursuivit le barbare sans se démonter. Avec Hrisskar Pied-Plat, tu le regretteras pas !

Il dénuda une dentition très accidentée en guise de sourire et approcha son visage. Il était si près que Dyna pouvait voir les restes de son repas qui constellaient sa barbe. Ce qu’il pouvait empester ! Il passait certainement plus de temps à écluser des verres de shein qu’à se laver !

Malgré elle, la Dunmer nota la présence d’une longue lame soigneusement entretenue qui pendait à son côté. Ce détail la convainquit de régler les choses en douceur.

- Je suis sincèrement navré, messire Hrisskar, minauda-t-elle. Mais des affaires urgentes m’appellent ailleurs. Croyez bien que c’est avec regret que je quitte un homme charmant tel que vous !

Elle se leva aussitôt, esquissa une révérence discrète, et se retira avant que le Nordique éberlué ne trouve quelque chose à répliquer. Alors qu’elle descendait l’escalier, elle s’émerveilla de son talent d’actrice. Elle eut soudain hâte de voir de quelles autres prouesses elle était capable !


Resté seul, le Nordique esquissa un sourire pervers. Cela faisait des années qu’il peaufinait son rôle de poivrot. La pauvre n’y avait vu que du feu ! Il dut toutefois reconnaître que le petit numéro de demoiselle pressée qu’elle lui avait servi valait lui aussi le détour.

Tout s’était passé comme prévu. Cela faisait des heures qu’il surveillait la Rougegarde. Il commençait à se demander si Elone était vraiment ce qu’elle était censée être quand cette Dunmer était venue de nulle part. Il s’était approché discrètement pour écouter, et connaissait à présent tout les détails.

Il savait où elle allait, et à qui elle devait parler. Il ne lui restait plus qu’à se rendre à Hla Oad pour informer le responsable local de la Cammona Tong que le nouvel agent de l’Ordre des Lames était enfin arrivé…

Par Le Masque - Publié dans : Le Negatron, Partie I
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